Les Rayons et les Ombres

Les Rayons et les Ombres (2026)

18 mars 2026 | 3h15 | France

Synopsis & Critique

Après avoir été reconnue et agressée en 1948, l'actrice Corinne Luchaire, étoile déchue du cinéma raconte ses souvenirs et l'histoire de sa famille qui l'a menée à sa situation avilie par des choix désastreux et immoraux pendant l'Occupation. Son père le journaliste Jean Luchaire et son ami allemand Otto Abetz œuvrent dans les années 1920 pour l'amitié franco-allemande. Aucun d'eux n'a alors d'attirance pour le nazisme. Lors d'un meeting, ils ont invité des représentants de la LICA (aujourd'hui, LICRA). L'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne en 1933 fait progressivement d'eux des complices du nouveau régime. Otto Abetz est expulsé de France en 1937, mais réapparaît à l'été 1940 comme ambassadeur d'Allemagne à Paris (alors que le gouvernement français se trouve à Vichy), chargé d'une politique de collaboration entre le Troisième Reich et la France vaincue. Jean Luchaire fonde alors Les Nouveaux Temps, organe de presse visant à soutenir la politique d'Abetz. Parallèlement, Corinne Luchaire, actrice et mannequin dès avant la guerre, malgré son jeune âge, tente de se faire une place dans la France occupée, mais subit les conséquences de la tuberculose que son père lui a transmise, et qui l'empêche de travailler. Elle alterne les séjours en sanatorium et une vie de débauche à Paris avec les comtesses de la Gestapo. En contrepoint, apparaissent des figures plus positives, notamment celle du père de Jean Luchaire, Julien, universitaire et époux d'une Allemande juive, qui désavoue son fils dans une lettre ouverte publiée par Le Figaro en zone libre. Un certain nombre de journalistes quittent la rédaction lorsque le virage collaborationniste devient clair ; l'un d'eux, Labarrière, meurt par la suite victime de la répression contre la Résistance. Subventionné par l'ambassade d'Allemagne, le journal de Jean Luchaire, travaille à la propagande nazie et est ouvertement antisémite et anticommuniste. Il participe activement au retour des cendres de l'Aiglon. Après la Libération, Corinne et Jean Luchaire trouvent refuge à Sigmaringen en Allemagne en 1944 avec le gouvernement de Pétain et Louis-Ferdinand Céline. Ils sont arrêtés par des militaires américains sur une route de la Forêt-Noire en mai 1945. Après un procès devant la Haute Cour de Justice en janvier 1946, Jean Luchaire est fusillé en 1946 et Corinne condamnée à dix ans d'indignité nationale. En butte à l'hostilité générale, elle vit quasi recluse, mais reçoit cependant un jour la visite amicale de Léonide Moguy, cinéaste juif originaire d'Ukraine, avec lequel elle avait tourné avant la guerre. Comme elle lui demande des nouvelles de sa sœur, il lui dit qu'elle est morte dans un camp de concentration, et Corinne dans un murmure : « Pardon, je ne savais pas. » À quoi Moguy répond : « Est-ce que tu as cherché à savoir ? » Le film est construit comme une série de flashbacks à partir de la situation de Corinne après la guerre, qui enregistre son histoire dans un magnétophone, en voix off. Lors du procès de Jean et Corinne Luchaire, le procureur emprunte, pour résumer l'accusation, une formule à l'écrivain Charles Dantzig : « Les mots des salauds arment les bras des imbéciles.» (Théories de théories, p. 149)
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